Prise de position

MAR

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EVENEMENT REUNION

Depuis le 14 février 2012, la situation s’est dégradée à La Réunion ; d’une grève des transporteurs contre le prix de l’essence, nous sommes passés de rassemblement pour la baisse du pouvoir d’achat à des émeutes dans plusieurs villes. Nous avons encore à l’esprit les événements du Chaudron de 1991, les vies perdues, les familles brisées, les entreprises en difficultés, les emplois perdus…

Le point commun à ces deux événements : la colère. Colère qui nait de la peur et engendre la peur. Colère qui s’exprime contre l’indignation et l’injustice. Colère qui s’est cristallisée au fil des années et qui malheureusement s’est exprimée de façon violente. Colère qui est le reflet des émotions refoulées, entrainant frustrations et explosions. Colère qui est le résultat de souffrances intérieures et qui engendre la souffrance.

Et ainsi, une nouvelle colère nait, celle des victimes, blessées, privées de leurs outils de travail, de leur travail, celle des habitants qui ne se sentent plus en sécurité et qui aspirent à un retour au calme.

Le poète latin Publius Syrus a dit « Vaincre la colère, c'est triompher de son plus grand ennemi. » Alors, que triomphe la paix, la paix en soi, la paix autour de soi, la paix chez soi, dans cette île qui nous rassemble et qui nous unie.

Il est certain, le moment n’est pas aux déclarations et au débat, car je ne serais ni entendu, ni compris dans la fureur et la fumée de l’heure. Je ne dirai rien qui puisse rajouter à la confusion, rien qui puisse gêner le retour à la raison. Je ne ferai rien qui encense cette panique et empêche le retour à l’ordre public.

Malgré mes convictions et ma compassion, je n’approuve pas les destructeurs et les pilleurs. Il faut condamner cette violence qui augmente en puissance. Il n’est pas juste de massacrer La Réunion pour trouver des solutions, de léser les autres et soi-même pour régler des problèmes.

Chaque Réunionnais est touché, blessé par cette triste situation, parce que nous sommes dans un microcosme où chaque événement, chaque catastrophe nous affecte personnellement. Nous sommes tous liés par des liens familiaux ou d’amitié, et ce lien doit nous servir à construire plutôt qu’à détruire.

Le moment viendra, dans le calme et la sérénité, où le dialogue sera à nouveau possible, un dialogue honnête pour tous. Nous devons y faire face, en toute dignité et dans la paix. Les véritables difficultés, nous les connaissons tous : la baisse du niveau de vie, un sentiment d’injustice et d’impuissance et beaucoup d’inquiétude pour l’avenir. Des solutions, nous devons en trouver ensemble. Une partie de la réponse se trouve en chacun de nous, une partie à La Réunion, à Paris et à Bruxelles. Nous ne pouvons que réussir et nous tourner, avec sérénité, vers l’avenir.


FEV

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MANIFESTATIONS

"Il est certain, le moment n’est pas aux déclarations et au débat, car je ne serais ni entendu, ni compris dans la fureur et la fumée de l’heure. Je ne dirai rien qui puisse rajouter à la confusion, rien qui puisse gêner le retour à la raison. Je ne ferai rien qui encense cette panique et empêche le retour à l’ordre public.
Malgré mes convictions et ma compassion, je n’approuve pas les destructeurs et les pilleurs.


Il faut condamner cette violence qui augmente en puissance. Il n’est pas juste de massacrer La Réunion pour trouver des solutions, de léser les autres et soi-même pour régler des problèmes.
Chaque Réunionnais est touché, blessé par cette triste situation, parce que nous sommes dans un microcosme où chaque événement, chaque catastrophe nous affecte personnellement. Nous sommes tous liés par des liens familiers ou d’amitié, et ce lien doit nous servir à construire plutôt qu’à détruire.


Le moment viendra, dans le calme et la sérénité, où le dialogue sera à nouveau possible, un dialogue honnête pour tous. Nous devons y faire face, en toute dignité et dans la paix. Les véritables difficultés, nous les connaissons tous : la baisse du niveau de vie, un sentiment d’injustice et d’impuissance et beaucoup d’inquiétude pour l’avenir. Des solutions, nous devons en trouver ensemble. Une partie de la réponse se trouve en chacun de nous, une partie à La Réunion, à Paris et à Bruxelles. Nous ne pouvons que réussir et nous tourner, avec sérénité, vers l’avenir.


NOV

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PLF 2012 Mission Outre-mer

Nous sommes des Hommes au service des Hommes. Nous sommes des élus au service de la population. Nous représentons l’espoir pour les hommes, les femmes, les jeunes, les enfants de France, de métropole et d’outre-mer. Nous œuvrons pour contribuer au bien-être des personnes qui constituent cette nation, riche de diversités ethniques, religieuses, culturelles, géographiques. Nous légiférons, nous engageons la France pour l’avenir.

Depuis 28 ans, j’exerce avec conviction et passion les différents mandats que les électeurs ont bien voulu me confier. Et si je suis à cette tribune, aujourd’hui, c’est grâce à eux, c’est pour eux, pour toute la population dionysienne, chère à mon cœur. Je salue mes compatriotes qui regardent ce débat à la télévision ou sur internet ; vous êtes toujours présents même à 10 000 km.

Chacun d’entre nous mes chers collègues, nous voulons défendre les intérêts des habitants de nos circonscriptions, de nos régions, évoquer les différentes problématiques humaines et territoriales. Nos missions sont nobles et c’est exactement ce qu’attendent de nous nos concitoyens. Pour y parvenir nous avons besoin du soutien de l'État, et ce, malgré la situation économique actuelle.

Notre pays est toujours confronté à la crise économique et sociale démarrée en 2008, une période difficile pour tous. En outre-mer j’observe avec beaucoup d’intérêt les événements qui secouent Mayotte aujourd’hui ; il n’y a pas si longtemps nos ainés ont mené aussi des combats similaires pour défendre les intérêts de La Réunion. Je voudrais ici rendre hommage aux militants réunionnais de la départementalisation et à tous ceux qui ont continué à œuvrer pour le développement de La Réunion. Aujourd’hui nous pouvons mesurer le chemin parcouru et en être fier, même s’il ne s’agit là que d’une étape et qu’il reste encore beaucoup à faire.

Aujourd’hui, notre pays, nos régions ont besoin de stabilité et de lisibilité pour réengager un processus de développement. Le budget 2012, le dernier de la 13ème législature, même s’il s’inscrit dans un contexte difficile, doit pourtant apporter des solutions. Des solutions simples, parce que derrière les projets de loi, les enveloppes budgétaires, les dotations, les subventions…, chez chacun d’entre nous, nous voyons des personnes qui attendent un emploi, un logement, des personnes qui luttent pour survivre, des personnes qui ont faim, d’autres qui aspirent à une vie meilleure.

Ce que je souhaite Madame la Ministre, c’est que les 3 millions de français d’outre-mer environ, et parmi eux
835 000 Réunionnais, solidaires de la Nation française dans les moments difficiles, soient récompensés par leurs efforts et puissent vivre dans la dignité, avec beaucoup de confiance en l’avenir.

Et l’avenir serait plus lumineux si les 120 000 Réunionnais inscrits au Pôle Emploi pouvaient trouver du travail. Le taux de chômage actuel est de 29,5%. C’est beaucoup, beaucoup trop. Ceux qui rencontrent le plus de difficultés, ce sont les 24 000 jeunes de 15 à 24 ans, mais également les personnes âgées de plus de 50 ans. C’est notre devoir de les faire sortir de cette spirale infernale du chômage.

Et l’avenir serait plus sûr pour les milliers de personnes, de familles, qui attendent un toit. A La Réunion, 26 000 demandes de logements sociaux sont en attente. D’ici 2030, le besoin serait de 180 000 logements. De nombreuses familles, obligées de s’adapter, vivent en état de surpeuplement depuis plusieurs années, et souvent dans des logements insalubres et onéreux ; ce qui fait le bonheur des marchands de sommeil.

Et l’avenir serait plus serein si les centaines de milliers de personnes pouvaient avoir un niveau de vie meilleur. A La Réunion, et depuis quelques semaines à Mayotte, des voix s’élèvent pour obtenir la baisse des prix, notamment des produits de première nécessité. Malgré tous les commentaires, le pouvoir d’achat a réellement diminué et la tendance inverse semble être impossible.

Travailler, se loger, avoir un niveau de vie correct ; les trois piliers fondamentaux qui permettront à chacun de vivre décemment, de fonder une famille et devenir parents. Simplement d’être acteur de son propre développement. Et tout cela, c’est humain. Ne l’oublions jamais, l’homme est la principale richesse d’un pays, le bonheur est la quête de tous et les finances un des moyens d’y parvenir.

Je ne rêve pas, je ne suis pas utopique. Je veux beaucoup, et peu à la fois, Personnellement, j’estime qu’il s’agit là du minimum pour les personnes qui habitent dans mon département, dans mon pays. Ces personnes :
Ce sont les enfants qui feront la France de demain et qui méritent également un système éducatif performant.
Ce sont les jeunes pleins d’espoir et sans limites, qui doivent étudier, s’ouvrir au monde et plus tard s’intégrer dans le monde professionnel, surtout dans leur bassin de vie comme le prévoit une des mesures du CIOM.
Ce sont les personnes en activité, qui représentent la masse silencieuse et qui aspirent : reconnaissance, valorisation et un niveau de vie meilleur.
Ce sont les personnes au chômage désabusées par le système et qui souhaitent mettre à profit leurs compétences et leurs talents.
Ce sont les personnes en situation précaire, les exclus qui parfois vivent dans la rue, sans véritable espoir et qui attendent plus de solidarité.
Ce sont les personnes âgées, nos parents, à qui nous devons beaucoup et qui méritent réellement plus d’attention. Est-ce si difficile de leur verser leur retraite au début de chaque mois ? Est-ce normal que les personnes âgées qui ont de faibles revenus et ne bénéficiant pas de la CMU ne cotisent plus à leur mutuelle trop onéreuse et se privent de soins. Nous manquons de structure d’accueil :
 des établissements hospitaliers et d'aide à la personne,
 des établissements pour l'accueil et le bien être sanitaire
des personnes âgées dépendantes,
- des établissement de Soins de Suite et de Réadaptation (SSR), actuellement saturés,
- des Unités de Soins Longue Durée (USLD),
- des structures d'hospitalisation à Domicile (HAD) spécifique personnes âgées.

Et chaque jour, je ne cesse de penser à toutes ces personnes, à tout ce que je devrais leur apporter, parce que je m’y suis engagé.

Je me suis engagé aussi auprès des différents acteurs du monde économique, parce qu’ils sont au cœur même des solutions. Ils créent de l'activité, offrent des emplois, des contrats en apprentissage ou en alternance. Ils créent de la valeur ajoutée et participe à la croissance du pays.

Les responsables de la Fédération Réunionnaise du Bâtiment et des Travaux Publics m’ont fait part de leur besoin de visibilité et de stabilité législative, fiscale et sociale.

J’ai déposé quelques amendements essentiels pour soutenir notre économie comme :
- le maintien d'une TVA à taux réduit pour les travaux de rénovation,
- la pérennisation du dispositif Scellier jusqu'en 2015,
- au niveau local, la possibilité d’exclure du « rabot fiscal » le dispositif SCELLIER DOM et maintenir le taux de défiscalisation en vigueur, à 31 %.
- et pour l'Eco-PTZ DOM, il est proposé de réduire la durée de location.

Ces mesures permettraient aux entreprises d’être moins inquiètes pour l’avenir, d’autant plus qu’elles doivent faire face à de graves problèmes de trésorerie. A ce titre, il serait judicieux d'imposer le paiement des acomptes et du solde dans un délai maximum de 30 jours, et de sanctionner les retards de paiement.

Les TPE et les PME subissent de plein fouet la remise en cause de l’abattement de l'Impôt sur les Sociétés des entreprises en outre-mer. Une étude a été réalisée à la demande de la CGPME, par les Conseils Régionaux de l’Ordre des Experts Comptable de La Réunion, de La Martinique et la Guadeloupe. De cette étude, il ressort que 86% des PME et des TPE constituent leur fonds propres grâce à cet abattement. Le supprimer remettrait en cause leur pérennité, d’autant plus que les banques hésitent à financer les petites entreprises. Il ne s'agit plus seulement d'un avantage fiscal, mais bien un moyen de financement de l'exploitation.

Concernant le Photovoltaique, l’Assemblée nationale a crée une mission lors du vote du PLF 2011, il y a un an. Le rapport définitif a été déposé au mois de juin dernier, mais les professionnels et les élus attendent toujours les décisions du Gouvernement. Cette filière mérite d’être revaloriser, parce qu’elle participe au développement économique endogène de nos territoires ultramarins.

Pour relancer l’économie dans nos territoires, des outils ont été mis en place ces dernières années. La remise en cause de la loi Programme pour l’Outre-Mer, remplacée par la LODEOM, a provoqué un effondrement de la production de

logements dans le secteur libre et intermédiaires et les investisseurs extérieurs ont déserté les DOM. Il convient de rétablir la confiance des investisseurs en proposant des mesures attractives en Outre Mer. Il en va de notre survie économique et sociale.


Monsieur le Président, Madame la Ministre, mes chers collègues, pour répondre aux attentes de nos populations ultramarines,
Soyons simples, efficaces, pragmatiques ;
Soyons plus à l’écoute, plus accessibles, plus compréhensifs ;
Soyons au cœur de leur préoccupation.
Retrouvons leur confiance.


OCT

29

DISCOURS PRONONCE LORS DE LA REMISE MEDAILLE DE LA LEGION D'HONNEUR MARIO SERVIABLE

Monsieur le Président de l’Association des médaillés de la Légion d’honneur,
Monseigneur,
Mesdames, Messieurs les médaillés de la Légion d’honneur, de l’Ordre National du Mérite, des Palmes Académiques et de la Jeunesse et des Sports,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,
Mes chers amis,


La Légion d'honneur est le premier ordre national français. Il fut institué en 1802 par Bonaparte, en récompense des services d'héroïcité militaire ou civile. La croix de la Légion d'honneur fut remise pour la première fois le 14 juillet 1804 par le même Bonaparte, devenu Napoléon 1er, à l'église des Invalides. La date, le lieu et le symbole, expliquent la permanence de cet ordre impérial repris aujourd'hui par la République, car on y retrouve les éléments de ce que le général de Gaulle appelait « la France éternelle ».

Le protocole de plus de deux siècles exige, pour vous accueillir dans la Légion d'honneur, que je vous appelle Monsieur et que je dresse un panégyrique de vos talents et de vos vertus. L'exercice est redoutable tant pour moi que pour vous. Je le redoute d'autant plus, que je suis actuellement en pleine période insolite du Chat. Hervé Marodon, à qui j'ai remis l'insigne de l'ordre du Mérite le 23 septembre 2011, était un Chat Noir, et je tombe aujourd'hui sur un Chat Botté : vous.

Cela demande quelques précisions pour l'auditoire : Hervé faisait partie du célèbre groupe musical réunionnais des années 60, les Chats Noirs. Le personnel de la Ville de St Denis vous a gratifié, M. SERVIABLE, pour votre sens de loyauté, du nom de Chat Botté ; de plus, vous avez écrit une suite à ce célèbre conte de Perrault, dans laquelle vous nous avez révélé le nom du Chat Botté : il s'appellerait Bouquet. C'est ainsi qu'on le trouve dans votre ouvrage LE CHAT BOUQUET ET LE RAT LELA.

Vous êtes un chat. Vous aimez l'ombre, le mystère et la patience. Et comme le chat, vous avez plusieurs vies.

Qui est Joseph-Karl-Rudolph-Mario Serviable ? Au Journal Officiel de la promotion de Pâques 2011, vous avez une double identité : vous êtes docteur en géographie et Inspecteur de la Jeunesse et Sports. C'est encore un autre signe de votre vie : vous êtes Gémeaux, car vous êtes né le 23 mai 1949. Votre mère vous aurait ainsi prénommé du nom d'un chanteur du premier boys band de la chanson française : Patrice et Mario. Dans votre itinéraire, notamment en écriture, vous êtes souvent avec quelqu'un d'autre : Jean Alby, Raoul Lucas, Michel Verguin. Géographe et agent du service public de la Jeunesse et Sports, vous avez passé l'essentiel de votre vie entre ces deux carrières.

Vous avez aussi passé votre vie entre deux langues européennes : l'anglais et le français. Vous avez enseigné, écrit et pensé dans ces deux langues à Maurice, aux Seychelles et à La Réunion, jusqu'à ne plus savoir quelle était la plus naturelle. Car vous avez passé une grande partie de votre vie entre ces trois îles créoles de l'océan Indien. Vous êtes coopérant aux Seychelles en 1980. Vous vous retrouvez seul Français enseignant, après l'expulsion de tous les autres, car vous êtes Créole. Vous servez d'intermédiaire entre l'Etat seychellois et l'ambassade de France. C'est à Victoria qu'est née votre première fille, si complice et tellement proche de vous, qu'elle sera docteur en géographie comme vous, et après un cursus quasi-identique qui la mènera comme vous à l'université Panthéon-Sorbonne. Comme un chat, pour lui prouver votre tendresse, vous la prénommerez Valériane, qui signifie « herbe à chat ». Vous parlez les trois langues créoles de l'océan Indien et vous maîtrisez les trois codes culturels, comme vous l'avez démontré dans l'ouvrage LAFOSSE ET L'HISTOIRE autour de la personnalité du Père Lafosse. Vous faites de son périple en 1798 le moment fondateur de l'identité créole insulaire. Vous avez une capacité à vous fondre dans ces trois sociétés créoles que chacune vous revendique. Vous êtes un Créole universel.

Vous avez réussi un parcours universitaire enviable. Vous êtes titulaire de quatre licences : en géographie, en urbanisme, en ethnologie et en sciences de la communication. Vous avez été formé à Cambridge, à Londres et à Paris, mais c'est au Centre Universitaire de La Réunion, pas encore université à part entière, que vous êtes major de votre promotion du DEUG en 1975, avant de partir à l'université Panthéon-Sorbonne. Vous serez le premier étudiant en géographie du vieux Centre Universitaire à soutenir votre thèse de géographie, option Tourisme, en 1981. Daniel Lefèvre obtient la délocalisation de votre jury à La Réunion. Vous obtenez la mention Très Bien avec les félicitations du jury. Daniel Lefèvre vous confiera en 1982 le premier enseignement en Tourisme à La Réunion en 3ème année de licence. Une nouvelle génération de géographes et de cartographes formés sur place, comme Guy Fontaine et Bernard Rémy, assurera avec vous les enseignements.

Mais ce moment n'est pas encore venu. Et rentré des Seychelles, vous cherchez un emploi. Vous obtenez un poste au Comité du Tourisme de La Réunion et tout heureux vous partez en vacances. Au retour, vous n'avez plus le poste. Pierre Lagourgue, président du Conseil général, qui a changé d'avis, vous convoque au Palais de la Source et vous explique que vous méritez mieux. Quand on a une femme et une fille, rien n'est pas mieux. Pierre Lagourgue fait appeler Robert Hess, directeur du Temps Libre, de la Jeunesse et Sports, et vous voilà reçu sur titre comme conseiller technique et pédagogique du tourisme social et associatif. M. Lagourgue vous connaît car vous faisiez partie de la petite dizaine de militants autour de lui, au Clos St Jacques, à faire campagne en 1974 pour Valéry Giscard d'Estaing. La politique, vous y êtes déjà. Michel Debré vous a repéré et vous a recommandé à son agent politique principal au Chaudron, Marie-Angèle Niamdila, dit Mondou, qui sera votre troisième grand'mère. Je l’ai également bien connue et appréciée.

Installé depuis 1973 au Chaudron, vous épousez une fille du coin. Joseph épouse Marie. Ce sont vos deux premiers prénoms pour l'état-civil, même si l'un et l'autre ne les portent pas. Dominique, absente ce soir pour raison de santé, vous a donné quatre filles, l’ainée Valériane, Docteur en géographie, la cadette, Gaëlle, juriste, est née à Sainte Suzanne au Village Desprez, et a été baptisée par le Père Lan. Vous vous liez d'amitié avec Lucet Langenier le maire communiste à qui vous autorisez l'usage de votre grande cour au Village Desprez pour les réunions publiques. Vous fraternisez avec Ary Payet, professeur d'histoire-géographie, pour qui vous conservez une profonde amitié jusqu'à sa mort. Votre troisième fille Elodie doctorante en Droit est née en 1984, année où vous lancez la collection Mascarin pour mieux faire connaitre la partie marine, tropicale et lointaine de l’histoire de France. Et Ophélie votre quatrième et dernière fille voit le jour en 1989, année du Bicentenaire de la Révolution française. Elle étudie le commerce des biens culturels.

Vous faites partie dans les années 1980 du paysage associatif et culturel de l'île. Vous êtes militant de l'Education populaire et de la Mutualité ; vous êtes responsable syndical affilié à la FEN. Avec Théodore Hoarau, vous participez à l'aventure de la création de Voyages Mutualistes et vous accueillez la nouvelle Banque Populaire. Le maire de St Denis, Auguste Legros, et Eric Boyer, président du Conseil général et conseiller municipal, vous choisissent pour réaliser l'ouvrage-souvenir du 250e anniversaire de la création du chef-lieu à St Denis par Labourdonnais en 1738. En 1996, pour le 50e anniversaire de la départementalisation de La Réunion, vous réalisez l'ouvrage-souvenir RAYONNER. C'est vous qui commentez à la télévision le discours du président de la République, Jacques Chirac, à l'outre-mer français. Mais c'est surtout vous qui réalisez pour l'occasion l'exposition LA REUNION DES GRANDS HOMMES, 50 personnages de l'histoire de France, issus de La Réunion, exposition présentée le même jour sur 974 sites de l'île et de la métropole.

La Réunion est, comme pour Leconte de Lisle, votre premier amour, et les îles créoles de l'océan Indien votre terrain de rayonnement. Vous qui parlez toutes les langues régionales, vous comprenez que la langue de dialogue entre les hommes de cette partie du monde c'est la langue française. Et la défense de la langue de la République devient votre combat. Vous lancez le Grand Prix du Livre de l'Océan Indien pour la Jeunesse, connu comme le Prix Jacques Lacouture, du nom de votre ancien ami. Vous encouragez, vous éditez, vous préfacez. Vous faites tourner dans les îles l'exposition TENDRE ARTEFACT, Histoire de la langue française. Vous faites la fête à la langue française chaque 20 mars et on vous demande même au Québec. Vous obtenez avec Raoul Lucas pour votre ouvrage LES GOUVERNEURS DE LA REUNION, le Grand Prix du Livre des Mascareignes de l'Association des Ecrivains de Langue Française. Vous êtes fait Chevalier des Arts et des Lettres par Catherine Trautmann en 1998.

Vous quittez La Réunion en 1999 avec femme et enfants. Vous décidez de vous offrir un nouveau défi à 50 ans : recommencer une vie dans l'anonymat administratif en métropole. Vous abandonnez l'île aimée, vos amis, vos repères, votre confort et votre surprime tropicale de 53%. Vous demandez la Creuse, vous aurez la Seine-et-Marne et ses 514 communes. En l'an 2000, vous organisez sur tout le département un 14 Juillet jeune et républicain autour de la Constitution. Le Préfet offre à chacune des 514 communes un exemplaire de cette exposition. Parmi les maires bénéficiaires se trouvent celui de Meaux, Jean François Copé et celui de Coulommiers, votre ancien ministre Guy Drut. Ils vous remercient chaleureusement. L'année suivante, pour le centenaire de la loi 1901, cent personnalités de Seine-et-Marne sont décorées de la médaille du Centenaire, que vous avez créée. Il y eut des pressions, des suppliques et des manœuvres pour obtenir cette médaille. Pierre Lacroix, votre directeur, cite encore en exemple cette opération qui n'a coûté que 300 euros à l'Etat et qui a eu un retentissement extraordinaire. Et vous offrez à chacune des 514 communes un exemplaire de l'exposition L'INTELLIGENCE COLLECTIVE, Histoire de la vie associative en France. Un Préfet ravi vous décerne la médaille d'argent de la Jeunesse et des Sports, ainsi que la médaille nationale du Centenaire.

Les meilleures choses ont une fin ! Un merveilleux malheur va transformer votre vie en 2001 : vous êtes lauréat du concours national des Inspecteurs de la Jeunesse et des Sports. Vous devenez le premier, et le seul à ce jour, Inspecteur de la Jeunesse et Sports issu de La Réunion. Vous êtes obligé de quitter la Seine-et-Marne pour la Région Centre et ses six départements. Vous découvrez Orléans de Jeanne d'Arc et de Péguy, les châteaux de la Loire dont celui de Talleyrand et la Sologne d'Alain Fournier. Partout, vous faites honneur à La Réunion et à sa devise: Je fleurirai partout où je serai mis. (Florebo quocumque ferar). Vous serez adjoint au directeur départemental dans le Val d'Oise, chargé du sport, et vous soutenez la création de l'Entente Sannois-Saint-Gratien pour servir de pépinière à l'équipe de football du PSG.

Votre île et votre ville, Saint-Denis, vous réclame en 2003. Une nouvelle carrière vous attend dans la collectivité territoriale comme directeur général adjoint chargé du Développement Local. Vous n'avez pas eu de difficulté pour me convaincre que la transformation sociale durable dans les quartiers passe par la vie associative et l'Education populaire. Je me souviens avec bonheur de ces soirées annuelles dans le grand salon de l'Hôtel de Ville pour honorer les bénévoles par la Médaille Amédée Bédier, médaille du Bénévolat. Et je redis encore devant vous ce soir, vous avez raison : « Rien ne remplace le temps donné à l'autre ».

Puis dans le livre de la vie, une page se tournera. Le hasard fait que vous vous trouvez à la tête de l'administration municipale pour installer la nouvelle majorité, avant de partir vers d'autres affectations.

L'histoire révèlera un jour le rôle que vous avez joué dans le rapprochement entre la France et les Seychelles entre 1980 et 1983. Devant le Préfet Blangy, à l'Hôtel Saint-Denis, le ministre seychellois Maxime Ferrari avait en son temps rendu un hommage appuyé. Votre vie et votre personnalité recèlent encore de nombreux secrets. Vous m'avez autorisé à en révéler un, car c'est la plus grande déception de votre vie : vous n'avez pu devenir un footballeur professionnel. Vous avez joué au football avec Jean-Luc Poudroux, vous avez porté le bleu-blanc-rouge de l'équipe universitaire de La Réunion avec votre ami Axel Philippe. Redoutable défenseur, vos camarades étudiants venaient vous voir avant les matchs contre les enseignants pour « régler son compte » à tel ou tel pédagogue. Je me suis laissé dire qu'un éminent professeur de droit, spécialiste des îles éparses, avait passé plus de temps à terre lors d'un match.

Pour vous il reste encore des pages à écrire, notamment au sein de La Nouvelle République des Jeunes, mouvement que vous avez créé avec Danio Gaze et Jean-Yves Morel. Vous appelez les jeunes à s'engager plutôt que de s'indigner ou de s'insurger; vous rappelez que chacun doit construire sa vie dans la liberté et dans la responsabilité. Et vous reprenez les mots d'Eluard :

« Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
LIBERTE »

Permettez-moi de terminer par un autre poète que vous affectionnez, Baudelaire, et auquel vous avez consacré le roman BORDEAUX LA NUIT. Lui aussi aimait les chats :
« Un beau chat, fort, doux et charmant
Quand il miaule, on l'entend à peine,
Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s'apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde
C'est là son charme et son secret »


Remise de médaille

Aujourd’hui 28 octobre 2011, Journée Internationale Créole, en présence de vos enfants, de votre petit fils Enzo et votre petite fille Victoria, de votre famille, de vos amis et connaissances, vous êtes honoré par la République.


Monsieur Mario SERVIABLE,

« Au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons CHEVALIER DE LA LEGION D’HONNEUR »


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